La contribution des migrants dans le développement local

Date:

Fatima Karimy (hal58trt@yahoo.fr)

La dynamique de retour au pays

Selon le HCP, RGP 2004, le nombre de migrants de retour au Maroc a atteint le chiffre de 165 416 migrants pendant les cinq années qui ont précédé l’année 2004, soit 33 100 en moyenne par an. Ces chiffres montrent le début de la « Dynamique des retours au Maroc ». L’étude a montré que 57,9% de migrants de retour ont séjourné à l’étranger de plus de 20 ans, 72,5% sont âgés de plus de 60 ans et 15,2% de 50 à 59 ans.

Pour la région Souss Massa, l’ensemble des migrants de retour, au nombre de 16 828, ont séjourné en France avec 89,2%, puis la Belgique : 3,6% et en troisième position la Hollande : 3,1%. Ces retours ont été marqués par le peuplement de certaines zones par la création de logements et résidences, la création d’activités économiques, la contribution au développement local à travers la création d’associations, le cas de M&D.

Ces migrants sont en grande partie des pères de famille qui ont quitté, encore jeunes, leurs villages car les conditions de la vie ne leur permettent pas de répondre à leurs besoins et celles de leurs familles, seule solution est de quitter le bled pour aller travailler en Europe.

Une participation au développement de la vie des villageois

L’absence d’institution de développement, a poussé ces migrants à s’organiser en association pour améliorer la vie dans leurs villages. Encadrés par Migrations et développement, ONG créée par des migrants natifs de la région de Taliouine, Province de Taroudant, l’implication de ces migrants était fondée sur le principe de solidarité, de coopération et d’actions collectives.

Le début des années 80, Talouine a connu une multiplication d’initiatives de développement durable local menées par ces migrants en se mobilisant dans les pays d’hôte pour réunir des financements nécessaires. Depuis, Talouine et les douars avoisinants  se transforment  en un  lieu des investissements sociaux-économiques et humains, ceci a permis aux villageois de bénéficier de la contribution de ces migrants, grâce aux retombées économiques des projets mis en place. Ainsi la participation  de ces migrants dans le développement local  se base en particulier sur les infrastructures de base : électrification, eau potable, route, santé, écoles …

Pour une contribution institutionnelle et juridique, l’association M&D a œuvré à la création de 400 associations villageoises dans un processus démocratique,  participative et de bonne gouvernance tout en intégrant l’immigration à la coopération internationale : France et Belgique.  En effet, la création de ces structures associatives a permis à ces migrants le  transfert de leurs compétences professionnelles, leur  savoir-faire pour améliorer les conditions de vie  de leurs   villages, de leurs familles : électrification, adduction l’eau potable, scolarisation …

Cette  contribution des migrants a permis l’électrification de 116 villages, la création de 26 écoles non formelles, 14 retenues, l’aménagement de 100 kms de pistes et de route; 13 coopératives du safran, de l’argan et d’olive. La mise en place de 20 auberges rurales qui ont  permis le développement d’un tourisme culturel et environnemental.  De même, les jeunes de la région, les associations et les élus ont assisté à plusieurs séances formations et chantiers d’échange, des moments qui ont permis de renforcer une coordination entre immigrants, associations et autorités locales.

En effet, le migrant est devenu un acteur de développement qui agit pour le bien-être de son village. Pour Jamal, fondateur de M&D, « l’émigrant n’est pas seulement un robot de devises mais un acteur performant de développement à condition de mettre en place une véritable politique de mise à niveau, basée sur la qualité, la traçabilité et la vulgarisation des produits du terroir pour assurer la confrontation appropriée »,

Le GIE Dar Azaafaran

Le territoire de Taliouine et de Taznakhte sont connues  historiquement par  la culture du safran, un produit de terroir. Ces deux zones produisent  la quasi-totalité du safran marocain. Pour valoriser ce produit local,  les migrants ont participé à la création, en novembre 2010, un Groupement d’Intérêt Economique (GIE) géré par la loi 13-97. Cette  entité est constituée des membres de 25 coopératives adhérentes à ce GIE.

La mise en place de GIE Dar Azaafaran, en tant qu’acteur socio-économique, a contribué au développement de la filière Safran avec une amélioration des conditions de vie de plus de 1 200 familles. Cette institution a permis une traçabilité maitrisée qui a favorisé de créer une confiance entre l’agriculteur et le consommateur.

 

Depuis sa création le GIE DAR AZAAFARAN a joué le  rôle d’intégrateur des producteurs pour la valorisation et la commercialisation du safran, à l’élimination d’un nombre d’intermédiaires et le développement des conditions de vie des producteurs.

En chiffres, le GIE DAR AZAAFARAN compte 25 coopératives adhérentes, 1250 familles bénéficiaires des services du GIE Dar Azaafaran, 500 hectares cultivés pour produire un safran naturel de1000 Kg comme capacité de production de la maison.

En chiffres, la filière safran produit un chiffre d’affaires de 43,5 MDH, une valeur ajoutée de 33 MDH et 990 MJT avec une superficie de 800 ha et  une production de 2,7 T/an

Pour un tourisme rural, durable et solidaire

Dans le cadre de développement d’un éco-tourisme durable et solidaire, plus d’une soixantaine de migrants se sont mobilisés à la création de 20 auberges dont le « Pays de Safran » à Talouine, à Ouarzazate « Pays de la Rose » et Tiznit « Pays de l’Argan » pour un coût global de 1 470 000 euros financé à 70% par des immigrés. Ces infrastructures touristiques ont permis l’augmentation la capacité d’accueil à plus de 540  lits. Au lancement ce projet, les tourismes ayant profité d’un séjour dans des villages ont généré un CA de plus 116 Mille Euros, dont plus de 29.500 Euros  en tant qu’achat de produits locaux : safran, argan …

La valeur ajoutée de ces projets est plus humains qu’au matériel. Les touristes de passage, invités par des migrants pour visiter ces villages, ont contribué à la croissance des AGR, à un développement local et à une réduction de pauvreté.

M&D : Pour un développement local, solidaire

Après la fermeture de l’usine de l’Argentière, Jamal crée, en 1986, avec des migrants de Sud de la France, l’Association Migrations et Développement (M&D), une association franco-marocaine (loi du 1er juillet 1901). Aujourd’hui, l’association est devenue une référence de co-développement.

Suite à la fermeture de cette usine, le gouvernement français a mis en place des Plans sociaux, Jamal et ses amis profitent des aides lancées par l’Etat. Une occasion pour ces migrants de retour de retrouver leur bled et créé un lien permanent  avec leurs villages. « On est fier d’aller travailler, de militer ardemment pour notre dignité, de retrouver nos racines sans oublier que nous sommes des citoyens des rives », ne cesse de répéter Jamal. (Yves Bourron).

Selon l’Article 2 des statuts de M & D, l’association Migrations & Développement a réussi à regrouper, en France et hors de France, des personnes  intéressées par la participation à des actions de développement dans les zones d’origine de l’immigration permettant, entre autres objectifs, d’enrayer l’exode lié à l’immigration et de mettre en valeur la dynamique de l’immigration comme force de développement entre les deux rives de la méditerranée.

Depuis M&D devient une association pionnière dans la promotion de la démocratie participative, le renforcement de la coopération entre la société civile et les institutions publiques.

Notes :

  • Statuts de M&D
  • Abderrazak El Hajri : La contribution des migrants dans le développement ;
  • Mohamed Mghari (Les Cahiers du Plan (HCP), N° 29 – Juin 2010) ;
  • Yves Bourron, Revue « Hommes & Migration, août 2013 ;
  • Saoudi El Amalki, Journal Al Bayane.
  • Mohamed Kachani : Migrant de retour.
  • Photos: M&D

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